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Posted 25/11/2014 by Sword in Culture
 
 

Les Voleurs d’Âme(s) III


VOLEUR D AMES (2)On s’est couchés tard et passablement éméchés, le genre de mèche qu’une simple étincelle, même à distance, suffit à allumer. Il faisait vraiment très chaud et humide ; l’atmosphère était stagnante, poisseuse ; la nuit paraissait livide. J’étais dans une semi-torpeur, me sentais oppressé et avais comme un grand poids sur la poitrine mais pas sur la conscience. Un orage avait éclaté et s’éloignait lentement ; la pluie continuait à ruisseler dans un bruit assourdissant. Je me sentais de plus en plus mal et avais peine à respirer ; je décidai de me lever et d’aller m’asseoir un instant sur la terrasse et même de me mettre directement sous la pluie comme si cette eau tombée du ciel pouvait effacer toutes les traces et jusqu’au souvenir de ce qui s’était passé ces dernières heures. Mais je ne pouvais pas bouger, une forme sombre était assise sur moi et j’aperçus comme un éclair de lumière virevoltant de gauche à droite. J’étais encore à moitié endormi et c’est uniquement à sa voix que je reconnus Raven ; c’était elle, à califourchon sur mon ventre.  Elle murmurait, sur un ton chantant mais très distinctement : « Who are you and what are you doing in my bed », ce qui donne « Tu es qui, toi, et qu’est-ce-que tu fais dans mon lit ? » Question somme toute légitime et que je m’étais d’ailleurs posée plusieurs fois depuis mon arrivée ici. L’éclair provenait d’un reflet intermittent sur un couteau de cuisine qu’elle tenait dans sa main droite et qu’elle agitait devant mes yeux, dans un geste de plus en plus ample. Comme la lame infernale du « Puits et du Pendule » d’Edgar Alan Poe et qui descend lentement mais inexorablement, dans un mouvement de balancier, vers la gorge de la future victime, attachée sur un autel sacrificiel. Fort heureusement, un mince rayon de lune, passant à travers les stores, me permettait de ne pas être dans une obscurité totale. Je murmurai plusieurs fois son nom, sans essayer de bouger, comme on parle à un chien d’attaque quand on sort du bain et qu’il met plusieurs secondes à retrouver votre odeur. C’est en tout cas ce que m’avait conseillé de faire un dresseur. Avec Raven ça a marché. Elle m’a dit « Hellooo Jacques » et s’est simplement recouchée en laissant tomber le couteau par terre. Je me levai, le ramassai et le remis à sa place avant de sortir finir la nuit sur la terrasse. Entretemps il avait cessé de pleuvoir mais j’étais déjà trempé de sueur. Je venais de rencontrer la seconde Raven. Le problème étant que je ne lui serais jamais officiellement présenté. Il en restait encore une puisque Raven m’avait dit qu’elles étaient trois, et là aussi il m’était impossible de faire le premier pas mais si j’en épousais une, il me faudrait aussi vivre avec les deux autres, séparément. Epouser trois femmes en une faisait-il de moi un bigame ? L’humour était bien mon seul et unique refuge.

We went to bed late and fairly intoxicated; « fused » in French, the type of fuse that a mere spark, even from a distance, could easily ignite. It was so hot and damp; the atmosphere was stagnant, sticky and the night seemed livid, almost sinister. I was in state of semi torpor, felt oppressed, as if a heavy weight had been upon my chest but, fortunately enough, not on my conscience. Reminiscent of what they used to call the  » hag syndrome », in ancient times. I was feeling worse and worse and could hardly breathe; I decided to get up and go sit on the terrace and even stand directly under the pouring rain as if this water fallen from the sky if not from Heaven, could cleanse all traces and even the memory of what had happened earlier during the day. But I couldn’t move, a dark shape was straddling me and I caught a glimpse of a blinding light twirling from left to right. I was still half asleep and it is only by her voice that I recognized Raven; it was she, sitting on my stomach. She was half whispering, in a chanting but audible voice : « Who are you and what are you doing in my bed ? ». A somewhat legitimate question that I had often asked myself since my arrival in her home. The flash of light stemmed from the sporadic reflection on a kitchen knife that she was holding in her right hand and waved before my eyes, in a movement that was becoming wider and wider. Like the infernal blade of Poe’s « The pit and the pendulum », that descended slowly but inexorably, in a swinging movement, toward the throat of the future victim, tied down on the sacrificial altar. Fortunately enough, a thin ray of light shined through the blinds, enabling me not to be in total darkness. I murmured her name several times, without trying to move, like you speak to a killer hound when you have just exited the shower and still require a few seconds before the beast can recapture your odor. That’s what a trainer had once advised me to do, just in case … With Raven it worked. She told me « Helloooooo Jacques », and simply toppled by my side and fell immediately back to sleep, dropping the knife on the floor. I got up, picked it up and put it back in the kitchen drawer before seeking refuge on the terrace. Meanwhile it had stopped raining but I was already drenched in sweat. I had just met the second Raven. The problem being that I would never officially be introduced to her. There was still one left since Raven had told me there were three of them or that she was made up of three different women. And I had thought she meant she was whimsical. I couldn’t even ask to meet them separatly and if I married one of them, I would also have to live with the other two. Would marrying three women in one be considered  a form of bigamy ? All I had left seemed to be my sense of humor.


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